Quel rapport entre croyances et lombalgie ? (il n’est pas question ici de croyance religieuse).

Une croyance est une pensée que l’on considère comme vraie et immuable, souvent encrée dès notre plus jeune âge, mais aussi tout au long de notre vie. Croire, c’est se fier à quelque chose, avoir un sentiment de certitude quant à la signification de cette chose. Dans ma pratique je peux régulièrement constater à quel points certaines croyances à propos de la lombalgie limitent les progrès de mes patients, sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Ce processus mental est inconscient, il adhère à une thèse ou une hypothèse, sans que cela soit forcément vérifié.

Plus de 80% de nos croyances ne nous appartiennent pas mais nous ont été transmises par nos parents, notre entourage et notre environnement dans nos premières années de vie (entre 0 et 7 ans). Elles créent notre propre environnement et notre identité, elles sont le filtre à travers lequel nous percevons le monde. Ce cont des schémas qui nous guident à travers notre vie, les programmes sur lesquels nous fonctionnons de manière automatique et inconsciente.

Par exemple, vos parents vous ont toujours encouragé(e), dans vos réussites comme dans vos échecs. Ils ont développé votre confiance en vous. Mais à l’inverse si vous ne vous sentiez aimé que lorsque vous réussissiez, et blâmé lorsque vous échouiez, alors vous avez probablement développé un manque de confiance en vous, car (inconsciemment) vous pensez que l’amour est conditionnel.

Il y à 2 types de croyances

  • les croyances aidantes : elles nous guident à travers nos vies pour atteindre nos objectifs. Par exemple croire que quoi qu’il arrive, tout ira toujours bien pour nous. Cette catégorie est évidemment à cultiver et renforcer.
  • les croyances limitantes : elles nous affaiblissent et nous empêchent d’atteindre ce que nous méritons, elles nous aveuglent. Par exemple avoir la conviction que l’on n’a jamais de chance dans la vie. Celles-ci sont à dépister, et mieux vaut s’en débarrasser.

Nous avons en nous un potentiel illimité mais les croyances limitantes paralysent nos résultats. Ce sont des pensées que nous considérons comme vraies, dont nous n’avons pas conscience et que donc nous ne remettons pas en question. Elles peuvent nous conduire à l’auto-sabotage.

Un biais cognitif vient par ailleurs les renforcer : le biais de confirmation. Plus la croyance est forte, et plus nous remarquons ce qui la confirme, ce qui la transforme au fur et à mesure en conviction. Par exemple, si vous souffrez du dos, alors vous vous rendrez compte de toutes les personnes autours de vous qui sont dans le même cas, et vous finirez par en faire une fatalité à laquelle vous ne pouvez plus échapper, vous vous impliquerez de moins en moins dans votre guérison.

Comment les croyances se créent ? Principalement avant 7 ans par l’éducation des parents , de l’école, des expériences de vie. Ce sont les programmes qui nous permettent de créer nos expériences de vie, qui vont déterminer nos émotions et réactions face à un évènement. Plus elles sont anciennes, plus elles sont encrées.

Par exemple, vous avez peut-être vu votre grand-mère se courber au fur et à mesure des années et souffrir d’arthrose. Plus tard à l’âge adulte si on vous diagnostique à vous même de l’arthrose lombaire, vous serez convaincu (et vous aurez peur) de subir le même sort. Vous vous sentirez impuissant(e), comme battu(e) d’avance.

croyances et lombalgie

Il y à 3 catégories de croyances limitantes

  • le désespoir : convaincu que l’on ne peut pas, impossible. Pour reprendre l’exemple ci dessus, si vous êtes convaincu que vous allez subir le même sort que votre grand mère, votre implication dans vos traitements ne sera pas aussi haute que si pensez pouvoir vous en sortir. Et c’est une phrase que j’entends très souvent dans ma pratique « de toute façon mon père (ma grand-mère, ma tante etc…) en a souffert jusqu’à la fin de sa vie ».
  • l’impuissance : nous ne sommes pas capable de. Combien de fois j’ai entendu, après avoir montré un exercice, le patient me dire « je n’y arriverai pas » avant même d’avoir essayé ! et c’est frustrant en tant que thérapeute, mais c’est aussi magnifique de voir la fierté dans le regard du même patient, quand on l’a un peu poussé et qu’il réussit ce dont il se sentait incapable.
  • la dévalorisation : imposteur, ne pas mériter de. Ici c’est plus complexe, peut être même plus insidieux. Sur des pathologies comme le syndrome douloureux régional complexe (SDRC, anciennement appelé algodystrophie), la fibromyalgie, et toutes les douleurs chroniques (lombalgie comprise) j’ai déjà ressenti ce sentiment chez mes patients, à travers leur histoire qu’ils veulent bien me livrer. Il y à souvent des conflits familiaux, professionnels sous-jacents. Parfois une prise en charge psychologique peut aider ces patients.

L’implication dans la réussite ou l’échec d’un traitement, quel qu’il soit, dépend aussi de nos croyances. Nos émotions, nos croyances en rapport avec la lombalgie ont un puissant effet placebo ou nocebo. À ce sujet voir aussi l’article sur la relation corps esprit.

3 méthodes pour reconnaitre nos croyances limitantes

Nous en avons tous au moins des dizaines, voire plus ! Comme elles sont inconscientes, il va falloir réussir à les faire remonter jusqu’à notre conscience. Voici quelques pistes pour les tracker et les identifier :

  • self talk. Lorsque nous nous parlons à nous même nous pouvons identifier nos croyances limitantes quand on se dit « je suis comme ci, ou comme çà ». Exemple : je n’aime pas le sport, je ne m’en sors pas…. Identifier également les « et si… » et si je changeais de travail, et si j’étais plus détendue… les « toujours » je suis toujours fatiguée, les « jamais » je n’arriverai jamais à manger sainement…
  • analyser nos réactions. Une réaction disproportionnée face à une situation banale est signe d’un problème plus profond, et donc d’une croyance limitante. Par exemple vous avez mal au dos et cela vous plonge dans une détresse profonde accompagnée d’un stress intense et d’anxiété.
  • la répétition. Si des situations inconfortables se répètent, il y à certainement une croyance limitante derrière ce schéma. Exemple : des difficultés financières qui se répètent, des difficultés au travail, des lumbagos à répétition etc…

Croyances et lombalgie : celles qui vous empêchent d’aller mieux.

Je vais ici parler des lombalgies non spécifiques, c’est à dire celles pour lesquelles aucune cause n’est clairement identifiable. Devant une lombalgie persistante il faut évidemment consulter votre médecin pour éliminer une cause « structurelle » : fracture, infection, tumeur etc…

Croire que la lombalgie n’est qu’un problème mécanique.

Souvent le patient et le corps médical s’évertuent à chercher une anomalie dans vos tissus pour expliquer le problème. Et quand on cherche on trouve ! Tassement discal, bombement discal, diminution de hauteur des disques vertébraux, arthrose, vertèbre « bloquée », « déplacée »… On accuse bien souvent à tord ces signes de dégénérescence tout à fait normaux et banals d’être à l’origine de toutes les souffrances.

Et pourtant des études ont montré qu’à 20 ans 37% des individus montraient déjà des signes de dégénérescence discale, 52% à 30 ans, 80% à 50 ans et 96% à 80 ans. La plupart du temps ces personnes sont asymptomatiques. D’ailleurs la lombalgie touche majoritairement les personnes entre 35 et 60 ans. Pas de corrélation donc avec les pourcentages donnés. Par contre c’est à cette période que la vie est la plus stressante. En tout cas c’est là qu’elle nous challenge le plus : objectifs professionnels, personnels, enfants…

La lombalgie est pluri-factorielle. Certes il y à les facteurs mécaniques. Si vous portez du lourd à longueur de journée, vous avez plus de probabilités d’avoir mal au dos. Mais le facteur que je rencontre le plus au cabinet est le stress. On sous-estime beaucoup trop sa portée. Le stress de nos vies modernes touche tout le monde : que celui qui ne s’est jamais énervé au volant me jette la première pierre ! puis le stress engendré par la douleur, la peur des conséquences et le catastrophisme qui s’en suit, la sédentarité, la fatigue, une mauvaise alimentation : autant de facteurs déclencheurs ou d’aggravation.

Négliger les rôle du stress et des émotions négatives (colère, peur, tristesse…)

La croyance que le stress n’a qu’un rôle minime dans la lombalgie est encore très répandue.Le stress active le système nerveux orthosympathique qui est l’accélérateur de notre corps. Il augmente le rythme cardiaque, la tension artérielle, il stimule la libération du glucose par le foie, crée une vasoconstriction périphérique, dilate les bronches, sécrète l’adrénaline, prépare vos muscles à l’action… Bref il vous tient prêt à prendre vos jambes à votre cou si vous croisez un ours. Mais pour votre cerveau, vous pouvez tout aussi bien croiser un ours ou subir un stress psychique, c’est la même chose : il déclenche l’alarme et tout le système se met en route. Sauf que le stress psychique dure plus longtemps et peut même devenir chronique. L’organisme se fatigue, les muscles à force d’être prêts finissent pas créer des contractures douloureuses.

Les neurosciences ont par ailleurs maintenant démontré que les réaction à la douleur physique ou à la douleur psychique empruntent les mêmes circuits neuronaux et peuvent tout à fait engendrer le même type de douleurs.

Tout cela amène à la psycho-somatisation, et il n’y à rien de péjoratif dans ce terme : les douleurs sont bien réelles, mais elles sont causées par un état psychique, par des émotions négatives. Pour soigner le corps il faut aussi soigner l’esprit.

Il est généralement accepté qu’un stress intense peut vous donner la colique (et même plus…). Il peut de la même manière vous donner mal au dos.

Croire que le corps a son propre fonctionnement et qu’on ne peut pas le contrôler

Penser que vous n’avez aucune influence sur votre corps, c’est oublier que vous avez un pouvoir d‘auto-guérison. C’est vous en remettre à la fatalité.

En naturopathie, notre santé repose sur 7 piliers :

  1. Évidemment la pratique d’un sport ou d’une activité physique est importante, la sédentarité est l’ennemie de votre dos. Comme j’aime dire : le traitement c’est le mouvement !
  2. La gestion du stress comme je l’ai évoqué juste avant.
  3. Le sommeil a également une place importante. C’est la nuit que nos disques intervertébraux se réhydratent. Une bonne nuit de sommeil contribuera également à vous rendre moins nerveux, plus détendu et plus apte à affronter la journée.
  4. Pour avoir des disques qui se réhydratent la nuit… il faut s’hydrater la journée ! 1,5L par jour, c’est le minimum syndical. Avec une alimentation saine pour apporter un carburant de qualité à notre organisme. Une alimentation déséquilibrée ne vous apportera pas les matériaux nécessaires au bon fonctionnement de votre organisme. Cela peut engendrer un état inflammatoire de bas grade permanent, avec des conséquences sur tout notre système : ostéo-articulaire, cardiaque, digestif etc…
  5. Garder un contact avec la nature est également indispensable à notre équilibre. Une balade quotidienne en extérieur nous permet de nous oxygéner et de nous relaxer.
  6. Pratiquer le développement personnel, apprendre à se connaître, chercher à évoluer et apprendre de ses erreurs.
  7. Avoir des liens sociaux de qualité et une vie amoureuse épanouie.

Tout ce que nous faisons avec notre corps influe sur celui-ci : le carburant que nous lui apportons, le repos que nous lui accordons, l’entraînement que nous lui fournissons, l’environnement que nous lui offrons. Nous avons un potentiel d’auto-guérison que nous ne soupçonnons pas.

Hippocrate

Croire que nous ne pouvons rien faire pour notre propre corps, c’est s’en remettre totalement, presque corps et âme, à la médecine. C’est être passif, se négliger, attendre la pilule miracle. Et si la médecine ne trouve pas, c’est le début de l’errance médicale, source de stress et de frustration.

Penser qu’il faut s’économiser

En terme barbare cela s’appelle la kinésiophobie. C’est la peur du mouvement. Penser qu’il faut rester au repos, arrêter ses activités pour ne pas se faire mal.

Et bien c’est exactement le contraire qu’il faut faire ! Évidemment en phase très aigüe, si même bouger le petit orteil est un supplice, alors il faut prendre un peu de repos. Mais dès que cela s’améliore, on peut reprendre ses activités, de la marche, et ne surtout pas avoir peur des mouvements. Ceux-ci vont revenir naturellement, sans que vous y pensiez du moment que vous ne les redoutez pas. Oubliez votre dos et il vous oubliera. Reprenez vos loisirs, progressivement, fractionnez vos activités si nécessaire au début. Jardinez, bricolez, faites du sport, votre corps est tout à fait capable de supporter ces activités, même si de temps en temps il couine.

Dites vous que plus vous vous focalisez sur votre douleur, plus vous la ressentez, et plus elle s’intensifie. Ne lui accordez pas d’importance et elle partira comme elle venue, c’est ce qui se passe dans 90% des cas.

Si vous vous économisez trop longtemps, vous risquez de vous déconditionner :

  • diminution des performances cardio-vasculaires et musculaires
  • intolérance à l’effort
  • renforcement de la peur, et donc de la douleur
  • sensibilisation nerveuse
  • perte de confiance

Croyances et lombalgie : se dire que c’est héréditaire

Jusqu’à preuve du contraire l’arthrose n’est pas héréditaire.

Et en plus je vais vous livrer un secret : l’arthrose est une atteinte du cartilage, et le cartilage n’est pas innervé. Il ne peut donc pas être douloureux. CQFD.

Ce qui peut rendre les articulations douloureuses, c’est la raideur, la perte de mobilité et le mauvais drainage circulatoire des tissus environnants. Raison de plus pour rester actif, pratiquer une activité physique et pourquoi pas (soignons fous !) des étirements.

Le cartilage n’est pas irrigué non plus par la circulation sanguine, il est nourri par le liquide synovial contenu dans la capsule articulaire. Et la sécrétion de ce liquide est stimulée par le mouvement, et notamment les étirements de la capsule. Vous voyez où je veux en venir ? Le traitement, c’est le mouvement !

Donc laissez mémé et son arthrose tranquille, de toute façon nous faisons tous de l’arthrose un jour, c’est physiologique. Et désolée de vous le rappeler mais çà peut commencer assez tôt (la quarantaine en moyenne). Mais souvenez-vous que ce n’est pas une fatalité, c’est simplement normal. Dans ma carrière j’ai déjà vu des radiographies d’articulations qui faisaient peur, et pourtant les patients (souvent assez âgés) ressentaient peu de douleur.

croyances et lombalgie

Le mythe de la posture parfaite

Attention, je ne dis pas que le travail sur la posture est inutile !

Mais un bassin n’a pas besoin d’être parfaitement équilibré. De toute façon si la radio est prise debout, et si votre appui se fait plus sur une jambe que l’autre votre bassin sera décalé. Idem si vous avez mal et que vous vous tenez « comme vous pouvez ».

De même pas besoin de se tenir comme si vous aviez un tuteur dans le dos en permanence. Le dos a 3 courbures naturelles, il n’est pas rigide. Je répète : le traitement c’est le mouvement ! Alors on enlève le manche à balai, par pitié on jette ces espèces de Tshirts à armatures censés corriger votre posture (ils n’auront corrigé que votre porte monnaie), et on laisse vivre son dos.

Il n’y à pas de posture parfaite. Vous pouvez très bien vous avachir sur votre chaise de bureau (surtout si vous êtes en télétravail :p). Peut importe votre position, l’essentiel est de la faire varier souvent, de passer de assis à debout régulièrement.

Du mouvement que j’vous dit !

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